
Quoi d’étonnant à ce que la dentelle Torchon raffole des araignées, quand la première patronne des tisseuses fut Arachné !
Vous trouverez ici :
- des schémas pas-à-pas pour quatre araignées à 4 paires, et trois araignées à 6 paires ;
- des références commentées pour redécouvrir des araignées bien connues, ou d’autres sorties tout droit de vos rêves… ou cauchemars ?
Quelques précisions
Nomenclature des araignées
Le nom d’une araignée en termes de pattes n’est pas unique. Il ne représente pas le nombre de pattes observées par la dentellière néophyte ou l’entomologiste, car on ne compte pas les pattes inférieures.
Selon les auteures, une araignée travaillée par un tissage de 4 paires au total peut être appelée :
- araignée à 4 pattes, car on compte uniquement les pattes supérieures, puisqu’elles correspondent chacune à une paire de fuseaux ;
- araignée à 2 pattes, car il y a deux pattes supérieures de chaque côté.
Dans cet article, on désigne les araignées par le nombre total de paires travaillées.
Dans quel fond ?
Les araignées s’inscrivent dans un losange creux, qui est réservé dans un fond Torchon CT·CT, dans un fond Épingle close CTC·CTC ou dans un fond Épingle close du Velay CTCT·CTCT. Pour la simplicité des schémas, toutes les araignées présentes ici sont entourées d’un fond Torchon.
Légende des schémas pas-à-pas
- Chaque ligne correspond à un fil.
- La couleur des fils n’a pas de signification particulière, elle facilite juste la lecture des schémas.
- Un point noir représente une épingle.
- Un cercle représente un trou dans le carton, c’est-à-dire l’emplacement d’une épingle à placer ultérieurement.
Les araignées à 4 paires

La plus simple des araignées s’inscrit dans un losange de 4 épingles de côté, ce qui laisse en tout 4 paires disponibles pour le tissage. Ces paires sont numérotées selon leur position en cours d’ouvrage.
Ici, le choix a été fait de proposer un TT pour chaque patte, ce qui convient pour du fil moyen. Pour du fil plus fin, ou pour allonger les pattes par rapport au corps, on peut remplacer par TTT.
Araignée classique à 4 paires
On la trouve dans tous les ouvrages sur la dentelle Torchon.

1 – On commence par un T sur chaque paire, pour avoir en tout deux torsions, car une des torsions provient du fond Torchon.

4 – On termine le tissage du haut de l’araignée par un CTC sur les paires centrales : paires 2 et 3.

5 – On plante l’épingle centrale de l’araignée, puis on tire alternativement sur les fuseaux pour mettre le tissage en place.

9 – On tire alternativement sur les fuseaux pour la mise en place du bas de l’araignée. On termine par un TT sur chaque paire. Puis on achève le losange en fond Torchon.
Araignée à centre traversé
L’araignée à centre traversé est présente à la fois dans Spinnen d’Hildegard Glös et dans Practical Skills de Bridget M. Cook. Elle ne diffère de l’araignée classique qu’à partir de l’étape 5.

1 – On commence par un T sur chaque paire, pour avoir en tout deux torsions, car une des torsions provient du fond Torchon.

5 – On tire alternativement sur chaque fuseau pour mettre en place les fils, puis on complète par un CTC sur chaque paire extérieure : paires 1 et 2, puis paires 3 et 4.

6 – On ajoute deux torsions TT sur chacune des paires constituant les 4 pattes inférieures de l’araignée, avant de réintégrer les paires dans le fond Torchon.
Petite étoile, ou étoile de Bellon
La petite étoile, ou étoile de Bellon, est décrite par Ulrike Voelcker dans Discover Torchon comme une araignée pratiquée dans les Monts Métallifères (Erzgebirge), et recensée en premier par Brigitte Bellon. Elle diffère des araignées précédentes dès l’étape 2.

1 – On commence par un T sur chaque paire, pour avoir en tout deux torsions, car une des torsions provient du fond Torchon.

2 – On opère un C sur les paires 1 et 2, puis sur les paires 3 et 4. Cela forme les pointes supérieures de l’étoile.

5 – On met en place les fils en tirant alternativement sur les fuseaux, puis on tisse un dernier CTC sur les paires centrales : paires 2 et 3.

6 – On réalise un C sur chacune des paires extérieures : paires 1 et 2, paires 3 et 4. Cela forme les pointes inférieures de l’étoile.

7 – On ajoute deux torsions TT sur chacune des paires constituant les 4 pattes inférieures de l’araignée, avant de réintégrer les paires dans le fond Torchon.
Étoile d’Ulrike, ou œil d’Horus à 4 paires
Cette araignée a été inventée par Ulrike Voelcker en 1986. Elle commence comme l’étoile de Bellon.

1 – On commence par un T sur chaque paire, pour avoir en tout deux torsions, car une des torsions provient du fond Torchon.

2 – On opère un C sur les paires 1 et 2, puis sur les paires 3 et 4, ce qui crée les pointes supérieures de l’étoile.

4 – On ajoute l’épingle entre les paires centrales, et on met en place le tissage supérieur en tendant alternativement les fils.

5 – On ajoute une torsion T sur les paires centrales : paires 2 et 3. Ceci forme le bord supérieur de l’œil central.

7 – On réalise un T sur les paires centrales : paires 2 et 3. Ceci forme le bord inférieur de l’œil.

9 – On réalise un C sur les paires extérieures pour former les pointes inférieures de l’étoile : paires 1 et 2, paires 3 et 4.

10 – On tire délicatement sur les fuseaux alternativement pour mettre les fils en place, puis on opère TT sur chaque paire pour réaliser les pattes inférieures. On achève alors le losange en fond Torchon.
D’autres araignées à 4 paires
Comme mentionné plus haut, les TT du début (pattes supérieures) et de la fin (pattes inférieures) peuvent être remplacés par TTT si le fil est fin, ou si l’on veut des pattes plus longues autours d’un corps plus resserré.
Il est également possible de remplacer, dans les pas-à-pas ci-dessus, tout ou partie des CTC intérieurs par des CT ou bien par des CTCT, de façon symétrique ou non. Cela permet, par exemple, d’obtenir un halo autour du corps central.
Enfin, le tissage du corps de l’araignée peut être complètement différent des tissages présentés ci-dessus. Hildegard Glös propose ainsi, dans Spinnen, 17 réalisations différentes d’araignées à 4 paires.
Les araignées à 6 paires

Une araignée à 6 paires s’inscrit dans un losange de 5 épingles de côté, ce qui laisse bien 6 paires disponibles pour le tissage. Comme précédemment, les paires sont numérotées selon leur position en cours d’ouvrage.
Méthode de tissage
La méthode de tissage précédente, en lignes horizontales, est possible pour les araignées à 6 paires et plus, mais il est alors plus difficile de suivre son travail. On préfère un tissage en diagonale, qui a l’avantage de suivre plusieurs croisements d’une même paire, et qui est immédiat à étendre aux araignées avec plus de paires.
Pour façonner les pattes, Ulrike Voelcker conseille une torsion par nombre de paires d’un côté, donc TTT pour une araignée à 6 paires.
Araignée classique à 6 paires

1 – On commence par un TT sur chaque paire, pour avoir en tout trois torsions, car une des torsions provient du fond Torchon.

5 – On place l’épingle au centre, entre les paires 3 et 4, puis on met en place les fils pour la partie supérieure de l’araignée, en tirant alternativement sur les fuseaux.

9 – On met en place les fils en tirant alternativement sur les fuseaux et on réalise TTT sur chacune des paires, pour constituer les pattes inférieures de l’araignée. Enfin, on complète le losange en fond Torchon.
Araignée à 6 paires avec halo
Le halo est formé en insérant un T entre l’enveloppe extérieure du corps de l’araignée et l’enveloppe suivante. On tisse d’abord le halo à gauche et à droite, puis on tisse le reste de l’araignée comme une araignée à 4 paires, ensuite on termine le halo.
Le halo décrit ci-dessous enserre l’araignée de deux fils parallèles. Pour un halo moins ténu, on rajoute un T sur la paire du halo après tout point en CTC impliquant cette paire : ceci correspond aux étapes 2, 3 et 6.

1 – On commence par un TT sur chaque paire, pour avoir en tout trois torsions, car une des torsions provient du fond Torchon.

4 – Isoler au repos les paires du halo : paires 1 et 6. On ajoute un T sur chacune des paires restantes : paires 2, 3, 4, 5. Ceci sépare le halo du reste du tissage.

5 – On tisse une araignée à 4 paires quelconque à l’intérieur du halo : ici, une araignée à cœur traversé vue plus haut. Si besoin est, en fin d’araignée, on complète avec un T sur chaque paire du tissage intérieur : paires 2, 3, 4 et 5. Ceci sépare le bas de l’araignée à 4 paires du bas du halo.

6 – On termine le halo en CTC : la paire 1 traverse les paires 2 et 3 en CTC, puis la paire 6 traverse les paires 5, 4 et 3.

7 – On tisse chaque paire en TTT pour réaliser les pattes inférieures de l’araignée. On achève le losange en point Torchon.
D’autres araignées bien étranges
La voûte
C’est une araignée classique en partie supérieure, mais dont les fils de gauche restent séparés des fils de droite en partie inférieure.

1 – On commence à la moitié de l’araignée classique à 6 paires (étape 5) : on insère l’épingle entre les paires 3 et 4, et on met en place les fils du haut de l’araignée.

6 – On opère TTT sur toutes les paires pour former les pattes. On rajoute un T sur les paires du milieu : paires 3 et 4. On complète ensuite le losange en fond Torchon.
La mère et le bébé de Jenny Brandis

Cette araignée a été inventée par Jenny Brandis, dentellière australienne, qui l’a nommée « Mother and Baby ». On la trouve notamment dans son modèle de marque-page Kathleen, qu’elle vend en pdf à prix modique sur son site.
Merci à Jacqueline de Breizh Dentelle qui a si plaisamment éclairé ma lanterne !
Personnellement, cela me fait plus penser à une flamme de bougie…
Sources et approfondissements
- Sur internet :
- Jenny Brandis vend ou offre gratuitement ses modèles de marque-pages en dentelle Torchon avec toutes sortes d’araignées sur son site.
- En livre :
- Spinnen d’Hildegard Glös classe les araignées par nombre de paires (de 4 à 22 paires) et fournit pour chaque araignée le dessin des fils, le schéma technique et une photo. Très peu de texte : la méthode du tissage diagonal est rappelée en allemand en introduction, et en fin d’ouvrage, le piquage est donné pour une spirale cubiste d’araignées.
- Practical Skills in Bobbin Lace de Bridget M. Cook décrit en détail diverses araignées (de 4 à 12 paires) dans le chapitre IV Connexions and Crossings.
- Discover Torchon d’Ulrike Voelcker consacre son chapitre 3 aux araignées, en version bilingue allemand/anglais. Schémas techniques, piquage et photos éclairent un texte abondant et précis. Son étoile — surnommée en France « œil d’Horus », pourquoi ? — est décrite pour un nombre quelconque de paires. L’auteure remarque qu’au-delà de 10 paires, ou avec du fil fragile, la mise en place des fils se solde fréquemment par une cassure. Elle a raison…
- En vidéo :
- Chamad’ Créations a filmé, avec son talent habituel, de nombreuses vidéos d’araignées :
- playlist Œil d’Horus de 4 à 10 paires (4 vidéos),
- projet En compagnie des grains d’orge (13 vidéos),
- une autre playlist Les grains d’orge (6 vidéos)…
- Jenny Brandis a aussi sa propre chaine youtube, avec énormément de vidéos d’araignées sous-titrées en anglais :
- vidéos pour Mother and Baby Spider et Ulrike’s Star Spider,
- et plein d’autres araignées : Butterfly and bead spider, Open spider crossing, etc.
- Chamad’ Créations a filmé, avec son talent habituel, de nombreuses vidéos d’araignées :





























